“I wanted to do a drama that fit the best with my current age,” she said. “In the synopsis, I felt that the character and myself had a lot in common. If you’re the type who’s afraid of making relationships, I think that ‘Flower Boy Next Door’ can be a work of relief and healing“.
(Park Shin Hye, février 2013).
J’ai déjà parlé de mon addiction récente aux dramas coréens (séries tv). Je reste lucide, ces séries sont particulières, pleines de clichés, obéissant à des trames souvent identiques. Il y a un peu plus d’un an, une petite chaîne câblée payante (tvN) s’est mise en tête de produire des dramas, faisant concurrence aux grosses chaînes nationales. Et comme partout ailleurs, finalement, la qualité et le ton ont été, peut-être pas radicalement, mais foncièrement différents.
Là où je reste admirative, c’est bel et bien devant le concept qui fut présenté, à savoir, tenez-vous bien, produire des séries dont le thème commun serait un “flower boy”, aka un héros jeune, charmant, mignon, différent à chaque fois, mais bien là. Oui oui. Le concept officiel avait de quoi faire hausser les sourcils d’étonnement, et vous faire vite fait ranger les futures séries à venir dans la catégorie “superficialité maximum, zéro neurone”. Chaque série se devant de comporter dans son titre le terme “flower boy”. Bon bon bon. Ca ne donnait vraiment pas envie.
Et puis la première série est sortie (Flower Boy Ramyun Shop, 2011). Pleine de clichés, comme il se doit, mais divertissante. La qualité était présente, et les amateurs éclairés de dramas coréens (si si, il y en a) se rendirent vite compte que les scénaristes parvenaient non seulement à rendre les personnages particulièrement attachants, mais aussi à subvertir ces clichés auxquels le drama se soumettait. Seconde installation, Shut Up, Flower Boy Band (je vous l’ai dit, non, que les titres ne donnaient pas envie ?), 2012, créait une nouvelle fois la surprise : ce qui ne devait être qu’une histoire de jeunes formant un groupe de musique s’avérait être une réflexion sur les choix à faire pour devenir adulte. D’autres séries produites par la chaîne et ne rentrant pas dans le concept Flower Boy, à savoir Queen In-Hyun’s Man & Reply 1997, m’ont étonnées par leur qualité. Je salue au passage tvN pour leurs rythmes de tournage qui n’épuisent pas les acteurs engagés, contrairement aux productions des chaînes nationales (acteurs au bord de l’épuisement, manque de sommeil, séjours à l’hôpital, bref, les Temps Modernes de Chaplin de nos jours, quoi).
Mais je dévie. Flower Boy Next Door, FBND, 2013, 3ème dérivé.
Je ne pleure pas vraiment devant les films émouvants. Je ne pleure pas vraiment devant les séries qui sont censées vous tirer les larmes des yeux. Parfois, évidemment, je suis émue. Rarement, un thème particulier me parle -je crois bien que la dernière fois que j’ai pleuré au cinéma, c’était devant ce film canadien plutôt comique (Starbuck) mais qui s’est avéré être bien plus profond que prévu. En dehors de ça, j’ai horreur qu’on essaie de me tirer des larmes à coups de tragédies, je me sens prise en otage, je déteste ça. J’appelle ça le cliché de la petite fille aux allumettes.
Je ne pleure pas devant les fictions. …
Et…
Je crois bien, tu sais, que j’ai passé un tiers de chaque épisode à avoir la gorge nouée, et à réprimer l’envie de pleurer. Mais pas de tristesse, pas par commisération. Oh non.
Au début, ce fut d’étonnement. Très précisément à la fin de l’épisode 2, quelque chose s’est subtilement modifié. Ou rajouté ? On sentait bien la solitude voulue de l’héroïne – après tout, c’était le pitch de départ, une fille qui reste enfermée chez elle, limitant les contacts avec le monde extérieur, et d’un coup son monde serait bouleversé par l’arrivée du (mignon) nouveau voisin. Gentillet. Facile – mais est-ce que je m’attendais vraiment à ce que la série prenne cette direction là ? Mes larmes ont coulé, parce que je comprenais tellement, ou parce que je me sentais subitement comprise comme jamais. J’ai commencé à me demander, sans cesse, comment le scénariste en était arrivé à pouvoir décrire ces sentiments de façon si réelle. Je pleurais parce que je ne comprenais que trop.
Et puis j’ai commencé à pleurer parce que je ne supportais réellement pas la moindre souffrance que chacun des personnages ressentait, et ce qu’on découvrait petit à petit d’eux. Quoi donc ? Mais rien justement. Ces blessures affectives, plus ou moins lourdes, plus ou moins profondes… certains peuvent les surmonter facilement…. Restent ceux qui ne le peuvent pas, pas encore. Il y a ceux qui surmontent facilement les trahisons, et ceux qui n’y arrivent pas. Qui ne parviennent plus à faire confiance, qui se créent leur propre monde pour oublier, ou deviennent cette façade protective, emprisonnés. A ceux là, FBND a du parler comme jamais, leur tordre parfois le ventre tellement ils ne savaient pas comment il était possible qu’on s’adresse à eux, enfin, en usant de leur propre langage. Les yeux grand ouverts, tentant – peine perdue, j’ai vite renoncé – de refouler les émotions qui remontaient, j’essayais de comprendre.
Evidemment qu’il y a une histoire d’amour, c’est un drama. Un héros censé sauver l’héroïne et la délivrer de sa tour d’ivoire. Mais la princesse ne veut pas être délivrée en fait. Elle y est bien, dans sa tour. Et le prince, pourquoi est-il aussi joyeux, comme s’il ne pouvait pas se permettre d’être différent ? Quel drôle de héros, loin des clichés de héros sombre et ténébreux. Celui-ci est aussi lumineux et souriant qu’elle est sombre et renfermée. Et puis tous ces gens, voisins de la tour… FBND parle des relations humaines, pas qu’amoureuses.
Car c’est à son “rival”, aussi renfermé à sa façon, que le héros demande, frustré, pourquoi ils ne cessent de le repousser, lui tout autant qu’elle, cette fois-ci au niveau amical. “Pourquoi ? Pourquoi agissez-vous sans cesse comme si rien ne pouvait vous toucher, comme si cela vous était égal ? Pourquoi repoussez-vous les gens ainsi ? Et pourquoi… ne pas dire ou faire ce que vous avez vraiment envie de dire ou faire ?”
“Parce qu’aucun d’entre nous n’a reçu d’amour. Aucun de nous deux ne sait comment agir face à des gens qui viennent vers nous. La seule chose que l’on ait apprise, finalement, c’est à s’endurcir pour ne pas souffrir davantage, même si l’on doit repousser les gens pour cela.”
Cette série n’aurait pu être qu’un miroir de l’âme (triste), émouvante pour ceux ou celles qui sont passés par là. Cela, déjà, était énorme pour une fiction télévisée. Mais la seconde claque, si je peux m’exprimer ainsi, est venue progressivement : pour reprendre les termes de l’excellente jeune actrice interprétant le rôle principal, “a work of relief and healing”. Pourquoi et comment l’héroïne en était arrivée là, finalement, même si le savoir importait… peut-être ne l’était-ce pas autant que le chemin parcouru pour comprendre et guérir.
Je ne sais pas -et mes lectures glanées deci delà à travers le net de gens tout aussi touchés que moi par cette série et écrivant dessus m’apprennent qu’eux non plus (pas encore)- comment il est possible d’être aussi apaisé(e) par cette série, lentement, progressivement. Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de pleurer pour une raison ou une autre, peut-être jusqu’à épuisement, de se sentir ensuite vidé(e), mais… calmé(e) ensuite ? FBND vous fait un peu cet effet là, l’épuisement en moins. Healing.
Evidemment, ça ne parlera pas à tout le monde, loin de là. Beaucoup ont trouvé la série ennuyeuse, lente, parce qu’il ne s’y passait rien. Une série sur les blessures de l’âme et comment se reconstruire ? Non, il ne s’y passe effectivement pas grand chose (de toutes façons, les rares fois où quelque chose arrivait, de moins en moins de gens arrivaient à le supporter, comme si on les blessait eux et pas les personnages de cette histoire), et il n’est même pas certain que la reconstruction ait lieu pour tout le monde, loin de là. Ceux qui comme moi se sont sentis touchés à l’âme au point de ne plus pouvoir arrêter les larmes qui coulaient se sont modifiés, de l’intérieur, et ils cherchent encore pourquoi. Ils se seront sentis réconfortés, compris, encouragés, et un peu plus confiants.
Au final, le prince n’a pas vraiment sauvé la princesse, qui n’était d’ailleurs pas une demoiselle en détresse. Elle dira d’ailleurs, découvrant sa représentation imagée dans un… webcomic :
Je ne suis pas Rapunzel. Je suis la sorcière, la méchante sorcière qui a emprisonné Rapunzel. Je ne suis pas pure ni innocente, je suis l’opposée, sombre, dure, froide. Je ne m’aime pas, ni les gens autour de moi. C’est pour cela que je me suis emprisonnée. C’est pour ça que je ne voulais pas sortir de ma prison.
Ceux qui chercheront une série classique avec un début, une fin, une histoire pleine de rebondissements, s’ennuieront et seront bien déçus… Flower Boy Next Door n’est qu’une fenêtre sur la vie de quelques personnages pas seulement tristes, bien au contraire, plein de vie, drôles, humains, parfois loufoques, auxquels on s’attachera extrêmement vite. Personnellement j’étais finalement juste contente de les voir vivre, évoluer un peu, au point que j’oubliais qu’ils étaient fictifs. Des personnages qui s’expriment, finissent par essayer de dire ce qu’ils pensent, essaient avec plus ou moins de succès de communiquer, d’interagir, pour avancer un peu et apprendre à s’aimer soi-même ? C’était déjà bien assez pour moi.
Pour terminer, une petite liste de ce qui contribue à faire de FBND une série à part:
- La musique. Calme, apaisante. Le thème “triste” de la série, par contre, a de quoi m’émouvoir jusqu’à l’âme.
- La cinématographie, différente. Ces mouvements de caméra, légèrement tremblants, comme pour mieux dépeindre la fragilité des ces personnages. Et visuellement, c’est magnifique. Le soin apporté aux moindres détails… les appartements des protagonistes étaient si réels qu’on se perdait à les regarder au lieu de suivre l’histoire.
- Le scénario est en fait une adaptation d’un webcomic, traitant effectivement d’une fille asociale enfermée chez elle et de ses interactions avec son nouveau voisin. Trame de base, auquel le scénariste a donc insufflé une dimension différente. Scénariste de film, soit dit en passant.
- Le jeu d’acteurs non pas du couple principal, mais bien du trio principal. Soyons clairs, le jeu d’acteur dans les dramas peut être très particulier, d’où mon admiration réelle pour ces trois acteurs qui ont réussi à faire passer une telle palette d’émotions avec un jeu, pour l’héroïne en particulier, souvent toute en retenue, en adéquation avec les dialogues…
- Ces dialogues, tellement riches de questions, de réflexions, portés en particulier donc par deux acteurs amenés, paradoxalement, à jouer l’exact opposé de leur véritable caractère. La princesse asociale est une actrice extravertie et joyeuse, le héros à l’extrême de l’entrain est incarné par un introverti calme. Eux-mêmes reconnaitront avoir vécu une étrange expérience via ce tournage.

Au final, Flower Boy Next Door, qui s’est achevé la semaine dernière, est un petit ovni dans le paysage des dramas coréens… qui est tout de même déjà assez diversifié. Mais pour s’être engouffré un peu dans cette petite brèche, pour avoir essayé, un peu, d’insuffler une vie propre à des personnages de fiction auxquels il n’arrive rien d’extravagant… et pour avoir parlé, comme jamais, à beaucoup d’entre nous… merci à lui d’exister.
Une review (en anglais) par Soompi ici (04/03/2013).
Les dramas coréens, un long post.
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