On dit qu'on change. On dit qu'on évolue, on dit qu'on avance, qu'on change, donc, qu'on est pas la même personne au fil des années, pas la même en 5, 10, 15 ans. On dit tout ça... Certes. Mais la réalité de ces affirmations est énorme dans mon cas (et dans le vôtre ?) ...
Il suffisait déjà de lire ce blog au fil du temps pour se rendre compte que je ne suis plus la même personne, loin de là... Mais c'est un blog, des textes rédigés, quelque soit la façon dont je les rédigeais...
J'ai effacé des tonnes de fichiers sur mon pc tout à l'heure, je n'en voyais vraiment plus l'utilité... Déjà, à les trier, je me demandais franchement pourquoi je les gardais, et il y avait des images, des textes, je les ai trouvés inintéressants, pas drôles... Mon sens de l'humour, mes centres d'intérêts ont changé.
Et je tombe sur... des bouts de conversations écrites, certaines datant de 2002, la plupart depuis 2004. Non, je n'ai pas tout relu, mais... c'est une AUTRE personne, voilà tout. Totalement différente dans sa façon de penser. Dans ses relations, son rapport aux autres.
La question qui me turlupine c'est : est-ce une progression lente ou ai-je radicalement changé depuis 2006 ? Les deux ?
Le mot "écorchée", je l'ai souvent utilisé. Non, je ne relirai pas mes textes écrits à l'été 2006, ils me font peur. Voilà, cette personne là devait être terrifiante. Epuisée. Ecorchée. Je ne peux pas me relire. Il fallait que je les écrive, mais je ne peux... je ne peux pas. Quand je tombe furtivement dessus, j'ai peur. Comment pouviez-vous supporter de tels textes ? C'était comme si mon âme était mise à nu. Pourtant, je ne peux pas non plus les retirer. Ils sont juste là.
Mais en voilà un autre.
Une anecdote.
8 Septembre 2006 : c'est la rentrée depuis peu, j'ai passé un été quasi enfermée chez moi, relais des gens à mon chevet, julien m'apprend froidement qu'il a fait changer les serrures de l'appartement, entre autres joyeuses nouvelles. J'ai recommencé à m'alimenter de façon normale, je me suis inscrite aux cours de dessin. Et MiLK m'apprend qu'il va faire son premier concert, en première partie d'Orouni, dans un bar, le Rendez-vous Des Amis.
Je ne sais pas si je me sens la force d'y aller. L'été et sa chaleur écrasante se sont prolongés cette année là... Marjorie, que j'appelais encore Steelaa à l'époque, m'accompagne, Mano se déplace aussi, je décide d'y aller, même si ça implique d'être dans un endroit inconnu, avec plein de gens, je me force, j'ai envie de l'entendre jouer. A mon anniversaire, cette gigantesque mise en scène que je n'oublierai malheureusement jamais, MiLK m'avait offert son premier cd. Et depuis plusieurs mois, je recevais ses compositions.
On arrive au lieu dit, indécises, incapables même d'oser entrer... On entre finalement, traverse un bar bruyant, arrive dans une salle au fond. MiLK parle avec un groupe de gens que je ne connais absolument pas. Il vient nous dire bonjour, et moi, à peine ai-je dit bonjour que je m'asseois, comme si le fait même d'être arrivée jusque là m'avait pris toutes mes forces... Je me souviens bizarrement de ce moment là avec netteté. Moi, juste épuisée d'être arrivée là, MiLK me regardant, et mes quelques huit kilos en moins, à force de ne m'être plus alimentée pendant un bon moment.
En attendant le début du concert, je regarde autour de moi. Je ne connais personne, à part mes voisins de canapé, à part vaguement l'homme mystère, que j'ai aperçu une fois à l'emménagement de julien, l'année précédente, et qui est venu nous dire bonjour. Je me sens perdue, mais de toutes façons, je suis étrangère à moi-même depuis maintenant trois mois, je commence à en prendre l'habitude...
MiLK commence à jouer. Marjorie et moi retenons notre souffle, parce qu'il se trompe, recommence, on angoisse pour lui (plus tard, il nous demandera de sourire - notre angoisse le stresse encore plus :D ) , j'écoute, je suis contente d'être là et de l'entendre jouer.
Et puis ce moment que je n'ai jamais raconté, parce que ce genre de moments faisaient finalement partie de mon quotidien à l'époque.
Il y a une chanson que je l'entends jouer, et des souvenirs affluent. Je panique, je manque d'air, oh non, il faut que je sorte, vite, vite... Je me penche vers Marjorie :
je sors deux minutes, je reviens tout de suite. Je sors à toute vitesse, traverse l'autre salle, ma vue se brouille déjà, les larmes sont en train de gagner du terrain, la porte, vite, vite... Me voilà dehors, je traverse la rue, je finis derrière une camionnette, non, ne panique pas, reprends toi, je pleure, je suis secouée par mes sanglots, et j'essaie désespérément de me reprendre, en vain... Je me raisonne, je me reprends enfin. A peine 10' plus tard, je réintègre la petite salle du fond, on est passé à une autre chanson, je me suis recomposé une attitude normale, la crise est passée.
A la fin du concert de MiLK, je suis vraiment heureuse d'avoir été là. Il nous enjoint de rester pour la suite, le concert d'Orouni qui, nous dit-il, fait de jolies chansons, mais entre le mal de tête persistant de Marjorie et ma fatigue émotionnelle à moi, nous finissons toutes les deux par partir. J'aurais sans doute du rester
Un an et demi environ plus tard, il me reste cette photo...

... et la certitude d'aller bien mieux
(et le fait étrange de savoir maintenant qui étaient la plupart des gens présents ce soir là, étrangers complets dont je suis pour certain(e)s devenue une connaissance, une relation, voire une amie)...
Et puis cette vidéo récupérée à l'époque (je ne sais même pas qui l'avait prise - ah, on me souffle que c'est peut-être
elle.)...
MiLK & Fruit Juice - extrait de Dead Cat.