J'aurais du faire un post sur l'installation chez la gnaat family-qui-est-partie-en-vacances, mais de façon inattendue ce midi je devais manger avec mon plus jeune oncle, qui m'avait contactée ce weekend pour me dire qu'il venait de Grenoble passer deux jours à Paris...
Alors, manger avec lui, ça me stressait un peu, mais finalement... Puisque c'est lui qui l'avait demandé, pourquoi pas, me suis-je dit... a priori, me disais-je, il ne me demandera rien, on restera formels, d'accord je n'avais pas eu de ses nouvelles depuis plus d'un an, mais j'en étais arrivée à un point où je refusais de me laisser de nouveau pourrir la vie par ma famille, comme je l'ai
déjà dit ici (tiens, d'ailleurs, c'est lui, sur la photo...) et
plus récemment ici. Et ce n'était qu'un déjeûner, et puis, je me préparais à ce que rien n'ait changé, à me blinder, et c'est le plus jeune, ce n'est pas, et de bien loin, lui, le pire...
Je me suis réveillée bien ce matin, dans ce lit de petite fille tout rose (et oui, je dors dans le double lit en hauteur des enfants, en bas c'est bleu, en haut, c'est rose, et tout en haut comme ça j'ai l'impression d'être dans une cabane dans un arbre, c'est reposant, c'est calme, c'est chaleureux, cette chambre d'enfants, vraiment...), sans aucune inquiétude réelle, j'ai dit au revoir à ma coloc temporaire qui est partie plutôt joyeusement bosser puisque c'était juste à côté, et je me suis lentement préparée... L'impression d'être vraiment en vacances alors que je suis à Paris, c'est curieux... Tout est reposant, j'avais envie de me poser et de lire tout ce qu'il y a ici... Un appel de mon oncle, ok, j'y vais...
Même dehors, avec le soleil, il y avait une atmosphère de vacances, toujours pas de stress, mais j'allais être en retard, je préviens par texto, il me rappelle, et m'informe que ce n'est pas grave, qu'il m'attendra au resto
avec mes grand-parents. Je raccroche.
Et l'angoisse qui monte d'un coup... mais pourquoi est-ce que je n'y ai pas pensé avant, pourquoi n'y ai-je pas réfléchi ? Mes grand-parents, comment ça mes grand-parents, ils vont être là ? Mais je ne veux pas les voir moi... Mais c'est trop tard là... Qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que je fais ? ... Bon, je vais y aller, continuer le chemin, oh non, il faut que j'envoie des textos aux gens qui vont comprendre, pour me sentir moins seule, pour ne pas courir le risque d'être dans un état lamentable d'ici quelques heures... l'angoisse qui monte, les pas qui ralentissent sur le parvis, et puis s'engueuler toute seule de se comporter comme ça, mais je n'ai plus que 4 ans
et je ne veux pas y aller, je ne veux pas qu'on me rappelle quel échec je suis, à quel point je ne suis pas à la hauteur, à quel point j'ai déçu toutes les attentes...
J'ai fini par y aller, en essayant d'arrêter de penser... là bas, heureusement, il y avaient certes mes grand-parents, mon oncle, mais aussi quelques amis de mon oncle qui l'accompagnaient, et j'ai fait bonne figure, mangé mon bol de soupe, dit bonjour à mon grand-père... dit quelques mots dans un vietnamien qui me revenait avec peine à ma grand-mère... oh mon dieu, qu'elle était maigre, petite, âgée, combien d'années est-ce qu'ils ont pris tous les deux en seulement un an et quelques mois ? Mon grand-père peine à se déplacer tout seul, il ne parle presque plus, il ne m'a presque pas parlé... Ma grand-mère a souri poliment, elle avait l'air perdue... Elle avait l'air de ne pas savoir quoi me dire, elle avait l'air... contente de me voir ? Et moi qui me concentrait sur mon repas, qui mangeait vite, trop vite, qui ne savait plus comment me comporter... Et mon oncle qui me demandait comment ça allait... Et mon grand-père silencieux... Faire bonne figure, au secours...
C'est lui, qui par son entêtement, celui là même qu'il a transmis à ma mère, à tous ses enfants, qui a participé à cette lente destruction de ma famille... C'est lui qui, ce midi, ne disait presque rien, ne me parlait pas, mais n'avait pas l'air de me juger plus que ça... Et cette horrible pensée que j'ai eue,
ils vont bientôt mourir et tu ne seras pas plus avancée, peut-être qu'ils m'aimaient à leur façon mais ils ne l'auront jamais montré, et il n'y a strictement rien à faire, tu ne peux rien y faire... et j'ai continué à jouer le jeu, mais j'avais mal, et j'étais perdue,
mais tu ne peux rien y faire.
Ils ont fini par s'en aller, parce qu'ils étaient fatigués. Moi, je suis rentrée, et... voilà.
En me disant.. eh bien, il ne reste plus que ma mère que je n'ai pas revue...
Peut-être que la petite fille de 4 ans peut essayer de grandir un peu, ou du moins, d'être un peu plus apaisée là haut dans la cabane toute rose ? ... Ce soir, je vais juste y retourner.